Crise sanitaire et crise éducative

résumé

Communiqué commun d’Olivier Sarrabeyrouse, Anne Déo et Corinne Bord.

Depuis le début de cette crise, notre gouvernement se montre bien en deçà de ses responsabilités. Avec ses prédécesseurs, il a organisé le démantèlement du système hospitalier et la suppression de milliers de lits par souci de rentabilité, ce qui a largement contribué au marasme sanitaire, économique et social que nous connaissons. Ils n’ont pas plus répondu à l’enjeu de la désertification médicale particulièrement aigüe en Seine-Saint-Denis comme à Noisy. 

Dès le début de cette crise, il a fait reposer la prise en charge et les responsabilités sur les acteurs de terrain : hôpitaux, collectivités territoriales, associations, entreprises, salarié·e·s et services publics. Comme d’habitude ces derniers ont dû gérer l’urgence au mieux avec les moyens dont ils disposaient. Où en serions-nous aujourd’hui sans les services publics et leurs agent·e·s, sans les salarié.e.s de première ligne (caissières, livreurs…) toutes et tous devenu-e-s les « héroïnes et héros » du moment, alors qu’ils étaient coupables hier, sans toutes celles et ceux qui ne sont « rien », auxquel·les les politiques libérales s’attachent à « faire la peau » ?

Nous subissons donc la crise biologique et la crise sanitaire, mais également la crise sociale, économique et politique. A Noisy-le-Sec, à l’échelle de la commune, nous devons répondre à une crise pédagogique et éducative.

Pourquoi ?

Que l’on soit parents, agent·e·s des collectivités dans les écoles, enseignant·e·s ou élu·e·s, nous sommes tiraillé·e·s, voire déchiré·e·s entre la nécessité de ne pas accroître les inégalités déjà existantes et de permettre à nos enfants de  retrouver une vie sociale et éducative en retournant à l’école, et la nécessité d’obtenir, dans le même temps, des garanties sanitaires pour que les professionnels y accomplissent leurs missions pédagogiques et éducatives sans risques pour leur santé ou celle des enfants.

Nous avons conscience que cette décision ministérielle n’a pas été motivée par une préoccupation pédagogique mais par l’intérêt économique : afin que les salarié·e·s retrouvent le chemin de l’entreprise, leurs enfants devaient retrouver celui de l’école. 

Le gouvernement ne cherche-t-il pas à instrumentaliser la crise sanitaire pour initier son projet pour l’édu­cation:  une école à la carte, différente d’un territoire à l’autre, d’un élève à l’autre. 

Les plus petits, pour lesquels les gestes barrières et les distanciations physiques sont les plus difficiles à respecter rentreront les premiers tandis que les élèves du secondaire pouvant « se garder » seul·e·s sont appelé·e·s à reprendre plus tard. Nous ne pourrions pas aller au restaurant, au cinéma, au théâtre… dans des conditions sanitaires sécurisées mais nous pourrions envoyer nos enfants et des adultes dans des établissements scolaires dans des conditions sanitaires encore incertaines. Travailler, jouer et manger ensemble ne peuvent répondre aux exigences sanitaires du moment.  

Mais ce postulat posé, pouvons-nous envisager pour autant une déscolarisation jusqu’au mois de septembre, voire plus ?

Nous ne pouvons-nous nous satisfaire d’apprentissages à distance qui creusent davantage les inégalités de réussite, déstabilisent les plus fragiles et déshumanisent la pédagogie.

Voilà le paradoxe : nécessité d’éducation et risque sanitaire.

Dans cette situation, nous comprenons  que la peur légitime de contracter le Covid 19 conditionne le choix des adultes. Re-scolariser leurs enfants et retourner eux-mêmes au travail ou continuer à se protéger eux et leur famille au risque de perdre en rémunération et exposer leur famille à des difficultés sociales plus fortes ?

Au vu de l’incertitude qui prime depuis le début de la pandémie, chaque personne fait au mieux pour préserver les autres, ses proches et elle-même. 

Au niveau municipal, le maire a géré cette crise dans la continuité de sa politique de ces dernières années. Comme les autres maires, il n’est bien entendu pas responsable de la situation sanitaire. Mais, comme à l’accoutumée, il a peiné, voire été incapable d’associer les partenaires : élu·e·s, organisations syndicales, acteurs associatifs, agents municipaux… pour prendre les décisions les plus sages.

 Il n’a pas réparé en deux mois et dans des conditions exceptionnelles, ce logiciel de la démocratie qu’il a détérioré en dix ans de mandature. 

Reconnaissons que le transfert des responsabilités vers les collectivités, régions, départements, territoires et communes, sans leur donner les moyens d’agir, ajouté à des informations imprécises, aléatoires et contradictoires, ne facilite pas les choix et les orientations des élu.e.s. 

Seulement, se hâter et tenter de traduire les initiatives décidées unilatéralement en opérations électorales, amène parfois à des agissements stériles,  approximatifs, générateurs de défiance.

Alors, concernant la reprise scolaire et ce déconfinement, comme tout un chacun, nous sommes partagés et nous ne défendons pas une position ferme. La situation change au jour le jour. Nous n’avons pas de certitudes sinon celle de la priorité à la santé et à la justice sociale. Nous sommes conscient·e·s que les familles les plus en difficultés sont celles dont les enfants ont le plus à gagner pédagogiquement dans une reprise de l’école. Conscient·e·s que ce sont les enfants de ces familles qui risquent de rester à la maison. Pour ces raisons, nous devons exiger des mesures sanitaires rigoureuses adaptées à la situation scolaire pour ne mettre aucune vie en danger. À cette fin, concertons les différents acteurs, prenons le temps de la reprise, réduisons les risques en exigeant des mesures sanitaires de l’Éducation nationale et de la municipalité. Si ça n’est pas possible d’ici les grandes vacances, prenons en acte. Si c’est possible, faisons cette reprise du mieux possible, dans la transparence. 

Le véritable enjeu, c’est la rentrée de septembre et notre système éducatif à long terme. Si nous ne faisons rien maintenant, si nous ne créons pas rapidement les conditions d’une rentrée de qualité pour toutes et tous, alors petit à petit, nous nous habituerons à considérer que le ser­vice public d’Éducation nationale n’offre qu’une école au rabais, pour celles et ceux qui n’ont pas d’autre choix. Et toutes les familles qui le peuvent chercheront d’autres solutions, ailleurs, dans le privé, en mobilisant les ressources familiales ou en ayant recours à l’enseignement à distance.

Ce qui est perdu est vain, mais ce que l’on gagnera ne le sera pas. C’est pourquoi, à notre niveau, nous nous engagerons, dès le début du déconfinement, à accompagner les enfants, les familles, les associations et les institutions qui œuvreront dans ce sens.

 « L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde » disait Mandela. Après cette crise, nous sommes nombreux.ses à songer que le monde d’après ne devra plus être le monde d’avant.

Commençons dès aujourd’hui par l’éducation pour construire demain.

Nos propositions :

  • Mener une concertation entre professionnels des écoles, les pouvoirs publics, les parents d’élèves pour déterminer si les conditions sont remplies pour une reprise sécurisée d’une offre pédagogique  adaptée.
  • Etablir les bases d’un véritable projet pédagogique et non simplement de garde d’enfants des parents qui n’ont pas le choix.
  • Assurer quoi qu’il en soit un service municipal pour l’accueil des enfants pour les parents qui ne peuvent pas faire autrement, en concertation avec les enseignants et les agents territoriaux, dans des conditions sanitaires appropriées.
  • Assurer dès maintenant et pour septembre un nombre d’agents suffisant dans les écoles pour que la prise en charge éducative et la sécurité des enfants soit assurée : ce qui implique d’embaucher des personnes parce que l’application des mesures sanitaires nécessite la présence de plus d’adultes pour encadrer les enfants, leur donner des garanties sanitaires et du matériel pour y faire face.
  • Si nécessaire, engager au plus vite les aménagements indispensables pour que les écoles soient équipées du matériel adéquat (savons, gels etc…) et répondent au protocole.
  • Donner des explications claires et transparentes aux parents de Noisy-le-Sec, décider démocratiquement et dans la transparence, en fonction des évolutions de la situation : nos enfants le méritent. 
  • Organiser pendant les congés d’été des actions éducatives massives, en lien avec les associations, les services municipaux, les institutions et les bénévoles pour permettre aux jeunes Noiséens privés de vacances, de faire leur rentrée scolaire en toute sérénité.

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