Et si on parlait de la chaleur en ville

Les périodes de canicule sont en ce point éclairantes c’est qu’elles permettent à chacun de prendre conscience de l’importance et de l’impact dans la vie quotidienne de bien des discussions qui peuvent apparaitre abstraites… Car après tout, pourquoi se battre pour quelques arpents de terre, ombragés, avec un sol tout de même assez imperméabilisé ?

Souvent nous évoquons à Noisy-le-Sec la question des jardins et des squares, notamment avec la suppression du square Truffaut. Même si la mobilisation est importante pour préserver ce square, on peut comprendre que cela peut paraitre dérisoire face à la présence du parc Huvier. C’est d’ailleurs  ce point que le Maire invoque sans cesse pour justifier de supprimer un espace vert de la commune.

Ce combat il est essentiel et devient évident après l’été que nous venons de passer.

La chaleur en ville est écrasante, étouffante. La minéralisation, autrement dit, les constructions en béton, les places goudronnées, les rues, trottoirs et alignement de bâtiments eux-aussi minéraux  contribuent à garder la chaleur, l’entretenir. Les bâtiments ne refroidissent pas, les minéraux ne retiennent pas la fraicheur même faible de la nuit.

Nous avons tous pu noter en juillet que la température des appartement ne baissait guère, malgré les fenêtres ouvertes, les courants d’air. Il n’est pas rare d’avoir pu constaté plus de 29°C le matin à 8h en partant travailler.

La chaleur en ville n’est pas une nouvelle question…

Depuis 2010, l’institut d’aménagement urbain de l’Ile-de-France à l’époque présidé par Jean-Paul Huchon a abordé ces questions notamment pour aider la majorité du Conseil régional de l’époque, préoccupée par les questions environnementales et le bien-être des franciliens, dans la construction du schéma d’aménagement de l’Ile-de-France.

Parler de bien-être n’est pas abusif, loin de là, car il s’agit à la fois de la capacité de bien vire, mais aussi en bonne santé. Et l’on sait combien les épisodes de chaleur sont éprouvant physiquement pour chacun d’entre nous.

Quels constats ?

Lors d’un épisode de canicule ou de forte chaleur, l’effet d’îlot de chaleur urbain vient amplifier le phénomène, notamment la nuit, en limitant le refroidissement nocturne en ville. On peut ainsi observer des écarts importants de température entre Paris et les zones rurales (jusqu’à 10° C lors de la canicule exceptionnelle de 2003).

Ilot de chaleur de quoi parle t-on ?

L’effet d’îlot de chaleur urbain (ICU) est un phénomène physique climatique de plus en plus étudié car à l’échelle urbaine, il est pourtant tout aussi important, d’autant plus que l’effet de serre le renforce. L’ICU est engendré par la ville : sa morphologie ; ses matériaux ; ses conditions naturelles, climatiques et météorologiques ; ses activités… et pourtant les villes et les projets sont encore loin de prendre en considération ce problème.

Les études démontrent qu’en matière de lutte contre les ICU les espaces verts de proximité sont plus efficaces que les grands parcs en périphérie : selon Emmanuel Boutefeu, la création d’un parc de 100 m² en cœur d’îlot dense bordé par des immeubles de 15 mètres de hauteur, permet d’abaisser la température de 1 °C dans les rues adjacentes. Si son effet n’est sensible que dans un rayon de 100 mètres, des chercheurs estiment qu’une augmentation de 10 % de l’emprise verte au sol diminue la température de l’air ambiant de 0,8°C (Boutefeu, 2007).

C’est fort de ces constats que le schéma directeur d’aménagement de l’Ile-de-France s’est élaboré en 2010, préservant à la fois dans la région des terres pour y cultiver des produits au plus près des villes, d’encourager la création d’espaces verts de proximité et de préserver ceux qui existent. Enfin le schéma encourage les mesures de préservation de la biodiversité. Il a été adopté en 2014.

Alors qu’en France des réflexions s’organisent, les villes prennent main ces questions comme le démontre ce reportage de franceinfo. 

Malheureusement, à Noisy-le-Sec la majorité municipale n’a toujours pas investi ces questions essentielles à tel point que les dernières places réalisées à la Boissière, devant le conservatoire comme au Londeau n’ont clairement pas pris en considération ce phénomène. Tout y est minéral !

Pire, les quelques espaces verts existant sont supprimer pour construire encore et toujours en imperméabilisant les sols.

En 2018, il nous faut aller plus loin, plus vite au plus près des lieux de vie.

  • Penser l’adaptation climatique est une exigence dans chaque opération urbaine, chaque projet de construction ;
  • Repérer les terrains disponibles pour planter des arbres, de la végétation, et encourager les habitants à investir leur jardin pour contribuer à créer des poches de fraicheurs ;
  • Encourager la création de toits terrasse plantés afin de rafraichir les bâtiments ;
  • Travailler à la déminéralisation de la ville et à la reconquête de la nature en ville : jardins en pleine terre et non en pot, mise en culture de délaissés…
  • Penser la gestion de l’eau : collecte de l’eau de pluie, gestion de la rareté, présence de brumisateurs, de miroirs d’eau, de fontaines dans les jardins…

Agir est non seulement un devoir  pour permettre de mieux vivre aujourd’hui, mais surtout nous pensons et construisons la ville de demain. Il est irresponsable de ne pas penser l’avenir et condamner les conditions de vie de nos enfants…